L'amour, le sexe, et la mort sont des sujets qui m'ont toujours fasciné. Certains amis spéculèrent que mon obsession avec la mort fut la raison pour laquelle je fus attaqué par trois hommes alors que je dormais dans mon lit. Une lutte acharnée s'en suivit dans laquelle figurèrent un révolver .357, une baionnette Nazi et un tuyau en plomb. Mon loft fut dévasté, je perdis la bataille et mon sang se répandit partout. Je fus pieds et poings liés, baillonné, laissé inconscient dans une marre de sang au milieu de mon atelier. Par la suite je fus torturé de visions violentes et de mort. Par une curieuse coincidence Lisa pris cette photo de moi quelques mois avant l'attaque, endormit après une nuit passée à peindre pratiquement au même endroit ou je fus retrouvé inconscient. Moins d'un an après je fus blessé par balle alors que je me tenais près de la table du fond,sur cette photo.
Je continuais de peindre avec Avant, mais j'avais besoin d'une autre forme d'expression pour exorciser cette violence qui avait infecté mon corps comme la peste. Ce fut une période de profonde introspection pour moi. Je fis beaucoup d'auto portraits pendant cette époque. Dans une série de peintures que je n'ai jamais montrées, j'inventais trois métaphores de la mort.
La première fut l'invisible escorte qui présente un viel homme ignorant sa compagne la mort, qui le tient par le bras et le regarde d'un oeil énorme. La seconde représente des dents serrées. J'ai toujours trouvé curieux la facon dont cette toile est placée au dessus de ma tête comme une pierre tombale sur la photo ci dessus.
Dans cet étrange auto portrait intitulé X-ray je peignis des dents serrées exactement à l'endroit ou je fus blessé sur ma poitrine. Rien n'aurait permis de prévenir ces attaques.Je me tenais à la table de la cuisine parlant au telephone quand j'entendis une explosion qui ressemblait a un coup de feu. Je vis de la fumée par la fenêtre entrebaillée, puis le sang qui mouillait ma chemise. "Je dois y aller, on vient de me tirer dessus" annoncaije à la femme avec qui j'étais en train de parler. Je voulais m'éloigner de la ligne de feu aussi rapidement que possible et donc ne prenais même pas le temps de raccrocher. Je courrus en bas jusqu'à la station de pompiers la même ou je m'étais réfugié après avoir été battu.
La troisième métaphore de la mort était un pinceau dégoulinant de peinture. Alors que j'étais en convalescence à l'hôpital de Bellevue, un détective vint dans ma chambre, déplia de façon dramatique une toile devant moi et m'annonça que j'étais en état d'arrestation pour avoir falsifié un homicide. En d'autres mots ayant découvert ce poster d'Avant il a cru que je voulais déguiser un suicide en homicide.
Ce détective et 40 autres furent limogés pour avoir maladroitement traité ce cas. Ce fut le plus grand licenciement en masse dans l'histoire de la police de New York. Un autre détective découvrit que sept victimes dont moi même, avaient éteé blessées dans le quartier de Penn Station par la même arme. L'assaillant encore inconnu à ce jour fut surnommé "le tireur embusqué de Penn Station".
Les conseils d'une arraignée
Nous devons tous prendre à un moment ou à un autre au cours de nos existences des décisions pivotales, détenant le pouvoir de tout changer. ll est peut être vaint de vouloir peser tous les éléments et prédire les conséquences de notre choix. Je fis face à un tel moment de vérité après ma blessure par balle. C'était ma deuxième danse avec la mort en moins d'un an. Il aurait été logique de quitter New York, mais j'avais un atelier de rêve et une carrière prometteuse. Le coup de feu avait paralysé en partie mon bras droit. J'etais noyé dans mes émotions . Mon père suggèra alors que j'aille faire ma convalescence dans notre maison de campagne au Wisconsin. Pendant mon séjour il me demanda si je pouvais protéger les murs de rondins d'un enduit
Il y avait beaucoup d'arraignées résidentes de ses rondins de bois. D'une main je chassais les arraignées et de l'autre je badigeonnais l'enduit. L'une d'elles tenta de s'accrocher lors de mon premier passage avec la main. Je la chassais de nouveau. Une fois encore elle s'accrocha au même endroit. Ma main qui brandissait le pinceau ne put s'arrêter et l'arraignée fut applatie. Je sentis immediatement une douleur aigüe à la poitrine. J'en avais le souffle coupé. Et je réalisais presque immédiatement ce qui s'était passé.
L'arraignée s'était sacrifiée pour me montrer comment j'étais. Comme elle, je m'accrochais désespérément à ma place à New York. Comme elle j'avais eu deux suggestions de quitter mon espace. Et le pinceau dégoulinant approchait, ma propre métaphore de la mort. Il me fallait partir. Je ne pris pas de décision, je ne fis que suivre les instructions. Le monde ne cesse de nous parler. A chaque fois que je dois faire un choix et je ne sais lequel, j'attends un signe. Il apparaît toujours.